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Elle arrive, elle est discrète, à pas de loup, elle se fraie un chemin dans notre esprit. L’anorexie prend ses débuts sans que l’on s’en aperçoive, insidieuse, perverse, cette maladie contrôle peu à peu notre esprit, notre vie.

Anorexie, maladie insidieuse

Cela peut débuter pour diverses raisons, généralement, il s’agit d’un cumul de plusieurs expériences vécues. Mais nous allons retenir celle de vouloir s’intégrer à cette société, celle de vouloir être accepté, de correspondre à ce que notre environnement décrit comme beau.

A l’heure des réseaux sociaux, de la communication virtuelle, à l’heure de l’individualisme, il nous est renvoyé une image de la beauté féminine comme étant mince, ayant une poitrine et un “derrière opulent”.

Adolescence, terreau fertile de l’anorexie

Lors de l’adolescence, notre corps change, évolue: les boutons, la peau grasse, les poils, la poitrine . En effet, cela est à l’opposé de ce que la société dépeindrait de beauté féminine. C’est aussi la période où l’on commence à vouloir plaire, à découvrir l’autre, où les sentiments, les sensations sont exacerbés. Comment faire pour plaire? Comment faire lorsque l’on prend du poids alors, que la minceur fait partie des dictats de la mode?

En tant que parent, il est important de faire comprendre à son enfant, que ces transformations sont normales, sont même un passage obligatoire à la transition enfant/adulte. Qu’il s’agit d’une étape, et que tout le monde traverse ce même moment.

Les autres, un poids sur la vision de soi

Pour mon cas, tout est arrivé à cause d’une photo. Me sentant depuis longtemps comme étant exclue par les élèves populaires de l’école, comme le canard boiteux mais en même temps rebelle et grande gueule, je me suis toujours défendue en me disant qu’ils étaient bêtes, méchants. Oui, je me suis toujours dit ça, qu’ils ne comprenaient pas. Jusqu’à cette photo de moi en maillot de bain. Anorexie, maladie insidieuse.

Là, le choc! Le dégoût , ils avaient raison: j’étais une grosse vache.

Une volonté de fer d’acceptation, régime: le début de l’enfer

Étant donné que je ne suis plus toute jeune 😉, à ce moment là, nous entendions très peu parler d’anorexie, voir pas du tout. Donc, une envie de maigrir, une recherche de la perfection, vouloir correspondre à ces “beautés” de podium, à ces figures féminines. Comment faire pour y arriver? Le sport, bien entendu. Le début d’un long combat.

15 ans, j’avais environ 15 ans, une volonté de fer. A mesure de 2 fois par semaine, j’allais courir. Au commencement, 20 minutes suffisait. Très vite, je dirai même: une semaine plus tard, il m’en fallait plus, plus de résultats, plus de kilos en moins sur la balance. Je passe donc de 20 minutes à 35 puis, 1h de tennis. Les kilos s’envolent, ça marche. Waouh, je vais avoir ma revanche sur toutes ces langues qui m’ont blessée. Vite, vite, une course contre la montre, devenir légère, légère, me transformer. Je ne m’arrête plus, je cours tous les jours, je fais du sport en cachette dans le garage insonorisé, je passe à 3, voir 4 heures de sport par jour.

Plus assez de force pour le sport, transgression sur la nourriture

Mais à force de sport, à force de muscles, cette méchante balance remonte, le poids remonte. Ce n’est pas possible, catastrophe! Il me faut autre chose, il faut que cela diminue, que ça ne s’arrête plus. Il faut une autre solution, je suis forte, tellement forte; mon esprit dirige mon corps. Ce but doit être atteint, changer mon alimentation. Ne prendre que des légumes, exit le pain, féculents, gâteaux, sauces. Le rythme est effréné.

Contrôle de son appétit: l’extase. L’anorexie maladie insidieuse, son pouvoir sur nous.

A ce moment là, j’étais persuadée d’être tellement forte, mon esprit contrôlait mon appétit. En effet, j’étais persuadée de ne pas avoir faim. Aussi légère qu’une plume. Je me trouvais plus forte que tout le monde. Droguée de cette balance, obsédée par cette perte de poids. Ne plus boire, ne manger qu’un bol de céréales, faire des expériences sur mon corps, combien de kilos peut-on perdre en un jour? La chute vertigineuse, ce n’est plus un régime, l’anorexie régit notre existence. Il n’y a plus qu’elle, elle et la balance. Lorsque ce stade est atteint, il est très difficile de raisonner la personne atteinte d’anorexie. Il faut essayer de lui faire comprendre sans l’accuser, lui faire comprendre que cela n’est pas “normal”. En outre: que le poids n’est pas un critère d’amour. En somme, il faut lui faire comprendre qu’elle est en train de se détruire à petit feu.

Parvenir à mettre des mots sur ces maux, une grande aide pour trouver la solution

Bien évidemment, si au commencement, personne ne se doutait (moi y compris) que j’étais malade, une transformation physique aussi rapide a tiré la sonnette d’alarme. Mon entourage a tout fait pour me faire réaliser qu’il fallait que j’arrête vite.

“Tu ne manges pas assez, tu es trop maigre, tu dois manger”

Ces phrases ne font que renforcer le pouvoir de la maladie. Je me disais: mais ils ne comprennent pas? Je n’ai pas faim, mais de quoi ils se mêlent? Suite à cette perte de poids importante, un rdv a été pris chez une psychologue. Autant dire que si l’anorexie est arrivée doucement, le déclic pour en sortir a été très rapide. Je lui ai parlé de choses qui sans m’en douter étaient tout simplement trop lourdes à supporter. Suite à cette séance, j’ai compris que j’étais en train de me tuer à petit feu. J’ai compris que la vie était ainsi, les gens étaient ainsi. Mourir pour eux, c’était oublier mon entourage qui m’aimait. Mourir, ou ne plus vouloir vivre par amour, ne me ferait pas être aimée plus.

La vie est un cadeau que nous possédons tous.

Personne ne sait pourquoi nous sommes là; mais puisque nous sommes tous là pour une durée limitée, alors, vivre à fond, vivre tout court.

L’anorexie maladie insidieuse : éviter les pièges

Une fois le déclic qui a été: prise de conscience d’être malade, des dangers, prise de conscience que notre corps ne correspondra jamais à notre perfection imaginée, une fois que nous intégrons que nous sommes malades, ce qu’il faut surtout: ne pas sous estimer la maladie!

Avec l’anorexie, notre estomac se rétrécit, nous ne savons plus manger, c’est là le tournant des choses! Ne pas lâcher un animal apprivoisé en plein milieu sauvage. Pour être plus claire: je ne savais plus mangé, ce qu’il aurait fallu était: un suivi par un nutritionniste en même temps que psychologique.

Aménorrhée pendant plusieurs mois, il a été nécessaire de faire un bilan gynécologique. Et là: Oh miracle: je peux manger et ne pas grossir! La sœur jumelle de l’anorexie attendait son tour, tapie dans l’ombre. Lâchée dans les méandres de la normalité, j’ai vite repris du poids. Mais je n’étais pas prête. Ce n’est pas parce que l’on mange que l’on est guéri.